Interview de M. Mame Mbaye Niang avec Canal France

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Ministre du Tourisme

Dans cet entretien accordé au magazine Canal France, le Ministre du Tourisme revient sur les enjeux, les réalisations et les perspectives dans le secteur.

Quelles sont les grandes mesures prises par l’Etat pour la relance de la destination touristique du Sénégal et le renforcement de la compétitivité des
entreprises touristiques sénégalaises ?

Plusieurs mesures ont été prises et des projets phares entamés tels que le PDTE (Projet de Développement du Tourisme et des Entreprises), le Crédit Hôtelier et
touristique pour financer les entreprises du secteur, les zones touristiques intégrés, le programme de développement du micro tourisme, le cluster tourisme pour la
formation, l’installation de nouvelles enseignes dans l’hôtellerie haut de gamme, ainsi que la nouvelle compagnie Air Sénégal sont autant de leviers mis en place par
l’Etat et sur les quels s’appuie le secteur privé pour développer l’économie touristique. Une loi portant code du tourisme est aussi en cours d’élaboration pour
avoir une règlementation encore meilleure et rassurer encore plus les investisseurs.

Le Plan Sénégal Emergent s’est donné l’objectif d’atteindre, dès 2018, 1,5 million de visiteurs et 3 millions en 2023. Quel pronostic faites-vous pour l’année 2019 ?

Nous avons dépassé l’objectif pour 2018 avec environ 1,6 million de touristes selon les chiffres mis à jour par mes services contre 900.000 en 2014. Nous voulons nous
rapprocher des 2 millions de visiteurs dès la fin de cette année.

En termes de devises, quel est le volume que le secteur du tourisme procure exactement à l’économie nationale ?

Le tourisme contribue à hauteur de 7% du PIB et emploie 100.000 personnes. Le secteur pèse 25% dans le financement des investissements privés du PSE dans sa
phase initiale soit 280 milliards de francs CFA.

Ou en êtes-vous avec le projet des stations balnéaires de Pointe Sarène, Joal Finio et du Lac Rose ?

Pointe Sarène et Lac Rose sont aménagés, ça c’est le rôle de l’Etat. Pour le reste, plusieurs investisseurs privés se sont manifestés pour y ériger de grands projets. Le
processus est en cours. L’aménagement de Joal Finio et Mbodiène va suivre.

Quelles sont les mesures prises pour la revalorisation de la Casamance, classée « zone touristique d’intérêt national »?

Depuis juillet 2015, dans le cadre de la relance des activités économiques dans la région, plus particulièrement le tourisme, une loi permet aux entreprises du secteur
établies dans la zone de bénéficier d’exonérations fiscales et douanières. Ce dispositif incitatif pour l’investissement privé s’accompagne d’un programme
d’investissement de l’Etat dans les infrastructures dont le tourisme de la région va bénéficier.

En tant que ministre du Tourisme, comment proposez-vous d’attirer les investisseurs pour leur ouvrir les portes et les aider à percevoir les opportunités de
tourisme au Sénégal ?

Par des mesures incitatives dans la règlementation et l’aménagement comme le Code du Tourisme et les nouvelles stations touristiques mais aussi par une bonne
stratégie de promotion. Nous axons notre communication sur la diversité des potentialités du Sénégal. Je pense au tourisme de nature, à la gastronomie, au sport
avec un nouveau parcours de golf troisième génération et nos centres sportifs de dimension internationale, capables d’accueillir les plus grandes formations du
monde, du tourisme de découverte, etc. Nous avons du travail pour faire connaître toute cette richesse, mais nous avons prévu de dégager des moyens à la hauteur de
notre ambition avec notre plan de relance. Et puis, nous projetons de nous appuyer sur des choses simples. Les destinations comparables concurrentes sont distantes
de 8 à 12 heures de vol ! Nous nous sommes à 6 heures de Paris.
 
Le développement des infrastructures est-il un facteur clé du développement du tourisme?

Les infrastructures favorisent un meilleur aménagement du territoire et, par la même occasion, de nouveaux aménagements touristiques. Une infrastructure comme le
nouvel aéroport AIBD est, par exemple, d’un apport réel pour le secteur du tourisme par la qualité de ses installations. Il permet de désengorger la ville de Dakar et
participe au renforcement de l’attractivité de notre pays par sa contribution à en faire une plaque tournante et un point préférentiel d’escale technique en Afrique, pour les
trafics aériens d’Afrique, d’Europe et des Amériques. On peut en dire autant, selon la sphère d’intervention, du centre de Conférence Abdou Diouf, Du Musée des
Civilisations Noires etc. Il en va de même pour toutes les infrastructures qu’elles soient routières, ferroviaires ou autres.

Le PSE prévoit-il de développer le tourisme religieux et culturel, le tourisme de santé et le tourisme vert ?

Oui tous ces segments sont prévus dans le projet de développement du tourisme et des entreprises que nous avons commencé à dérouler et dans un plan de relance
plus global. Le patrimoine culturel du Sénégal, avec ses sept sites historiques classés patrimoine mondial et ses deux sites classés patrimoine immatériel, est
exceptionnel. Nos atouts en matière de tourisme religieux sont aussi très important avec notamment l’influence et l’attrait de nos confréries soufi. Nos atouts dans
l’écotourisme sont aussi en train d’être exploités dans le cadre de la stratégie de diversification de notre offre. Et nous sommes conscients que Dakar en plus d’être
un hub dans le tourisme d’affaires peut devenir incontournable pour ce qui est du tourisme de santé dans les prochaines années. Nous y travaillons.

Quelle place accordez-vous à la formation aux métiers du tourisme ?

Il faut rappeler que L’axe 2 du PSE est consacré au développement du capital humain. Sous ce rapport, en amont, nous disposons d’une structure nationale de
formation aux métiers du tourisme et de l’hôtellerie, qui sera complétée par un grand projet d’institut à implanter à Diamniadio. Parallèlement, nous nous activons dans la
formation des ressources humaines du secteur, par le biais de la coopération et au plan interne. D’ailleurs, la composante « incubateurs » du programme micro-
tourisme s’inscrit dans cette dynamique. Egalement mon département n’exclut pas d’engager la concertation avec les départements ministériels impliqués dans la
formation, ainsi que les écoles privées de formation qui dispensent des modules en tourisme, pour étudier les voies et moyens d’harmoniser les pratiques surtout en la
matière. Cela nous permettra d’être en phase avec les recommandations de l’OMT contenues dans son programme TED QUAL (Tourism Education Quality), qui vise la
formation de ressources humaines de qualité dans le secteur touristique.

En tant que Ministre, quels sont quelques défis que vous avez surmontés ?

En un peu plus d’un an à la tête de ce département, nous avons bouclé l’élaboration du Code du Tourisme qui permettra de règlementer le secteur et d’attirer plus
d’investisseurs. Nous avons accéléré les travaux d’aménagement de Pointe Sarène. Nous avons accéléré les procédures de délivrance des cartes de guides touristiques.
Nous avons accordé de nombreux financements dans le cadre du Crédit hôtelier et touristique. Nous avons allégé les procédures administratives d’agrément pour
l’exploitation des établissements d’hébergement touristique, des agences de voyages, de tourisme et des transports touristiques et des autres entreprises du
secteur. Nous avons démarré la mise en œuvre du Projet de Développement du Tourisme et des entreprises, en partenariat avec la Banque Mondiale et l’APIX.
Nous avons démarré les activités de l’Incubateur de Thiès. Nous avons procédé, en collaboration avec l’ADIE, à la dématérialisation de huit procédures administratives.
Nous avons organisé, en partenariat avec l’UEMOA et l’OMT, un atelier international sur « Tourisme et Sécurité », qui se veut désormais annuel.