Entretien avec M. le Ministre en charge du Tourisme

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Entretien Ministre

Quelle est M. le Ministre, la réalité des faits et de la situation en Casamance? 

M. Le Ministre : Encore une fois, pour rassurer nos partenaires, la libre circulation des touristes dans les zones dédiées, ne souffre d’aucune menace, car les forces de défense et de sécurité veillent au grain, pour leur garantir un séjour tranquille. Il n y a donc pas lieu de s’inquiéter ni de renoncer à séjourner dans les belles régions de la Casamance que le Chef de l’Etat a érigée en zone prioritaire de développement touristique avec un statut spécial en matière d’investissement. 

Quelle perception avez-vous de l’organisation et du fonctionnement de la destination ? 

De nouvelles perspectives se sont dessinées qui augurent d’une bonne collaboration entre le Ministère et les acteurs. Aujourd’hui, je puis affirmer que le secteur dispose de ressources humaines engagées. Mais, compte tenu des nouveaux paradigmes, tout l’écosystème doit être revu dans son fonctionnement et dans son organisation. Pour cela, je compte sur l’engagement de tous les acteurs. L’élaboration du code du tourisme nous permettra d’ailleurs d’échanger amplement sur les grandes questions de l’heure. 

Parlez-nous des grandes mesures prises par l’Etat pour le développement et la qualification d’une offre touristique mieux adaptée aux nouvelles attentes des marchés, et devenue nécessaire pour le renforcement de la compétitivité et de l’attractivité de la destination ? 

Oui, d’ailleurs M. le président de la République veut un développement inclusif, à partir des territoires. C’est pourquoi mon département s’est inscrit dans une dynamique de développement des flux touristiques en direction de notre pays, pour un objectif de trois millions de touristes en 2023. A cet effet, nous sommes en train de changer de paradigme en matière de gouvernance du secteur. Sous ce rapport, nous avons engagé un processus, d’une part, de restructuration de l’offre par une politique d’aménagement de sites dont Mbodiéne, Joal Finio, Pointe Sarène, et, d’autre part, la requalification de saly et de Cap Skirring. 

Ces projets et programmes en cours vont permettre à terme d’accroître considérablement la capacité d’hébergement au Sénégal, pour être en phase avec nos ambitions affichées, mais également de recueillir des retombées sur le plan économique et social. Ainsi nous sommes résolument engagés dans la diversification de nos produits à l’échelle nationale en vue de présenter une meilleure cartographie de notre offre susceptible de nous conduire à une répartition de notre clientèle dans tous les pôles touristiques.

Le Sénégal dispose d’un patrimoine naturel et culturel riche et varié. Quelle vision stratégique avez-vous de l’alliance tourisme-culture dans le renouvellement de l’offre touristique ? 

La culture doit accompagner le tourisme et vice-versa, c’est pourquoi mon département a d’ores et déjà préparé une convention de partenariat avec le Ministère de la Culture pour mettre en symbiose nos efforts respectifs pour le développement du tourisme avec l’appui de la culture. Ainsi, nous envisageons de faire une promotion conjointe des grands évènements culturels nationaux et internationaux, d’une part, dans le cadre de la redynamisation de l’animation touristique, et, d’autre part, dans la promotion de la destination sur les marchés touristiques. A titre d’exemple, lors de la prochaine coupe du monde de football en Russie 2018, nous allons y animer un village du Sénégal qui sera une vitrine de la destination. Nous allons également exploiter à fond l’agenda culturel du Sénégal pour en tirer le meilleur profit et accompagner davantage les promoteurs d’évènements culturels et artistiques majeurs qui contribuent à l’animation des activités touristiques. 

Quelles sont les politiques mises en place pour le renforcement
de la compétitivité des entreprises touristiques sénégalaises, presque essentiellement constituées de PME et de TPE ? 

Le soutien à nos entreprises hôtelières et touristiques constitue un élément essentiel de notre politique. Comme vous l’avez souligné, la plupart d’entre elles sont des PME et TPE, et en tant que telles, elles sont confrontées comme toutes les autres au Sénégal à des difficultés d’accès au financement. Ceci constitue un frein à l’innovation, à leur croissance et parfois même une menace à leur existence, face à la concurrence. 

C’est pourquoi le président de la République, Son Excellence M. Macky SALL a bien voulu mettre en place un crédit hôtelier et touristique destiné à accompagner ces structures, par une dotation initiale de 5 milliards de francs CFA, aujourd’hui portée à 7,5 milliards, avec en perspective notre ambition de hisser le plafond à 20 milliards de francs CFA. 

Le crédit a déjà permis de financer 27 entreprises (hôtels, campements, auberges, agences de voyage, etc.), issues de presque toutes les régions du Sénégal, assorti de conditions extrêmement avantageuses (taux de 3,5% l’an TTC), pour une durée de 5 ans avec possibilité d’un remboursement différé de 18 mois. Ce crédit va permettre aux entreprises du secteur qui ont longtemps souffert de la disparition de l’ancienne SOFISEDIT en 1994, d’augmenter leur contribution au développement social et économique du pays en termes de création d’emplois et de valeur ajoutée. A côté du crédit hôtelier, nous bénéficions notamment de l’appui de nos partenaires techniques et financiers. Ainsi avec la Banque Mondiale nous sommes en train de dérouler le projet Micro-tourisme. Ce projet vise fondamentalement à accompagner les micro-entreprises touristiques installées dans les pôles touristiques du Sénégal. Dans ce cadre, l’intervention de l’institution financière couvre tout le processus pour la mise en place d’incubateurs de ces micro-entreprises, mais également la mise à disposition d’un fonds d’impulsion dudit projet. 

Le Sénégal n’est pas toujours bien perçu dans le domaine de l’accueil et de l’animation, des critères immatériels déterminants dans la perception de l’image de notre destination. Quel est votre agenda dans ce domaine ? 

J’ai inscrit mon action dans un changement de paradigme en matière de gouvernance du secteur. Dans ce cadre, en matière de marketing de la destination Sénégal, avec l’appui de nos partenaires techniques et financiers, la Banque Mondiale a financé une étude en cours actuellement. A l’issue de ce travail, un stimulus fort se dégagera en termes de communication sur l’image que nous voulons réimprimer à la destination. 

Quelles réponses apportez-vous aux requêtes qui remontent souvent des acteurs, depuis l’intérieur du pays, pour un meilleur accès à l’électricité, au Wifi, à l’eau potable, aux soins de santé, voire à une meilleure desserte routière ou aérienne? 

Les questions relatives à l’énergie, aux télécommunications, à l’assainissement, à la santé, au transport aérien et routier, dénotent la transversalité du tourisme. Tous ces secteurs sont largement pris en compte dans les projets du PSE. Sous ce rapport, mon département va sa positionner en médiateur pour le règlement éventuellement de ces préoccupations des acteurs. 

Le Sénégal se dote progressivement d’atouts infrastructurels dans l’organisation de grands événements. Pour optimiser leur exploitation, la conquête d’événements sportifs, culturels ou festifs devient nécessaire. Est-ce une priorité de votre département ? 

Absolument ! Prenons le cas des infrastructures du PSE, à Diamniadio par exemple, le CICAD et l’ARENA, ces deux réalisations ont une place très importante dans le développement du segment de marché intitulé en anglais MICE (en français Réunion Voyages de Stimulation Congrès Expositions). 

En effet, la vocation première du CICAD étant le développement du tourisme de congrès, il s’avère nécessaire de prévoir des offres de produits complémentaires aux produits de base « congrès », de type culturel, sportif, pour agrémenter le séjour des participants aux nombreuses rencontres internationales de divers ordres, sur le site et leurs accompagnants. A cela s’ajoute la clientèle locale susceptible d’y trouver une motivation de déplacement lors par exemple des évènements économiques culturels, sportifs scientifiques prévus dans le pole. Ces deux infrastructures en plus de l’autoroute Dakar-Diamniadio sont de nature à promouvoir les congrès, les évènements tels le marathon de Dakar, les championnats internationaux de Basket prévus au Sénégal, les grands combats de lutte avec la fonctionnalité de l’ARENA. Je dois préciser que nous avons aussi initié une convention de partenariat avec le Ministère en charge des Sports, afin de promouvoir les évènements internationaux en vue d’optimiser l’utilisation de ces infrastructures. 

Quelle place accordez-vous à la formation aux métiers du tourisme dans votre programme d’activités? 

Il faut rappeler que L’axe 2 du PSE est consacré au développement du capital humain. Sous ce rapport, en amont, nous disposons d’une structure nationale de formation aux métiers du tourisme et de l’hôtellerie, qui sera complétée par un grand projet d’institut à implanter à Diamniadio. Parallèlement, nous nous activons dans la formation des ressources humaines du secteur, par le biais de la coopération et au plan interne. D’ailleurs, la composante « incubateurs » du programme micro-tourisme s’inscrit dans cette dynamique. Egalement mon département n’exclut pas d’engager la concertation avec les départements ministériels impliqués dans la formation, ainsi que les écoles privées de formation qui dispensent des modules en tourisme, pour étudier les voies et moyens d’harmoniser les pratiques surtout en la matière. Cela nous permettra d’être en phase avec les recommandations de l’OMT contenues dans son programme TED QUAL (Tourism Education Quality), qui vise la formation de ressources humaines de qualité dans le secteur touristique. 

Qu’en est-il de la mise en place de la politique de classement et de qualification des hébergements touristiques, normes UEMOA ? 

L’UEMOA a entrepris un vaste chantier de réformes des textes communautaires sur le tourisme. Plusieurs directives et règlements communautaires vont être harmonisés relativement aux stratégies de développement touristique, à l’aménagement et à la gestion des sites touristiques, aux agences de voyages et de tourisme, aux guides de tourisme et aux établissements d’hébergement touristique. L’harmonisation des normes communautaires de classement des établissements d’hébergement est en cours. D’ailleurs, aux termes de la dernière réunion des experts qui s’est tenue à Ouagadougou en décembre 2017, les avant-projets de textes ont été soumis à la Commission pour validation. C’est une avancée majeure pour le secteur. Surtout que la CEDEAO a été associée à ces travaux parce que la norme de classement en vigueur est une norme CEDEAO : il s’agit du Règlement C-REG 14/12/99. Elle va être fondamentalement revue et mise à jour. L’UEMOA et la CEDEAO collaborent sur ce projet et bientôt, je l’espère, les textes seront adoptés. 

Que comptez-vous faire pour l’intensification de la distribution et le renforcement des moyens de promotion ? 

La distribution touristique étant assurée essentiellement à partir des marchés émetteurs par les voyagistes et leurs réseaux de vendeurs de voyages, mon département à travers l’Agence Sénégalaise de Promotion du Tourisme, va renforcer les actions de promotion conjointes en direction de ces partenaires pour soutenir leurs efforts dans la réalisation de supports, et en termes de publicité et de formation, par des programmes de voyages et familiarisation. Ces dispositions permettront de mieux les motiver, à programmer le Sénégal dans leurs catalogues ou brochures, pour le cas des voyagistes, et s’agissant des vendeurs de voyages, de mieux les armer en arguments de vente au profit de la destination, face aux produits de nos concurrents. 

Pour ce qui concerne le renforcement des moyens de promotion, nous nous attelons à élargir l’assiette de recouvrement du Fonds National de Promotion Touristique, en commençant par le processus de régularisation et de classement des établissements d’hébergement qui ne payaient pas la taxe de séjour applicable à leur clientèle. Nous allons également trouver des ressources additionnelles de financement, à travers l’Etat et les partenaires techniques et financiers, nécessaires à la promotion qui a toujours souffert d’un déficit en la matière. 

Source : Teral Magazine/Mai 2018